la griotte Hallauer Aemli

La griotte Hallauer Aemli est une variété chargée d’histoire, mais étonnamment actuelle. Élue « Variété fruitière suisse de l’année 2026 » par FRUCTUS, elle illustre parfaitement le potentiel des anciennes variétés de cerises acides à une époque où la production de fruits fait face à de nouveaux défis. Elle est particulièrement mise en avant dans le contexte de la Drosophile du cerisier : Son port compacte permet de la recouvrir facilement d’un filet, ce qui est quasiment impossible avec de nombreux autres cerisiers à haute tige.

La première description de la griotte Hallauer Aemli se trouve dans l’ouvrage « Kirschensorten der Schweiz » (Variétés de cerises en Suisse) du professeur Fritz Kobel, publié en 1937. Il la mentionne comme synonyme de « Aemli », Landschäftler Weichsel, Klettgauer Perle ou Ömeli. À l’époque déjà, il signalait que beaucoup de types difficiles à distinguer circulaient sous ces noms. Des analyses génétiques modernes ont confirmé cette appréciation : on distingue différents types au sein du groupe Aemli, Hallauer Aemli s’étant révélée être la variété la plus répandue en Suisse.


Nous ne disposons d’aucune source fiable concernant son origine exacte. Son nom et sa diffusion – documentés par FRUCTUS, entre autres dans l’inventaire suisse des fruits 2000 à 2005 – indiquent toutefois la région de Schaffhouse. De nombreux éléments suggèrent un semis de hasard local et éprouvé dans la pratique, plutôt que le résultat d’une sélection ciblée.

Aire de répartition du hallauer aemli

FRUCTUS a documenté la présence du hallauer aemli, ProSpecieRara a évalué les données sous forme graphique.

Cette variété est particulièrement répandue dans le canton de Schaffhouse.

L’histoire de la griotte en Suisse n’est pas celle d’une production commerciale à grande échelle à ancrage traditionnel, contrairement aux cerises douces ou aux prunes. Elle a surtout joué un rôle important dans les jardins familiaux et paysans. Les arbres isolés y étaient des éléments d’autarcie alimentaire. Sa disparition s’est donc déroulée tout aussi discrètement : avec le déclin des jardins familiaux traditionnels et le passage à des cultures standardisées, mais aussi le recul de la transformation domestique, les griottes ont disparu de manière presque inaperçue du paysage cultivé.

La griotte Hallauer Aemli est l’une des rares variétés suisses à être présente dans presque tout le pays, mais pour autant elle ne semble ancrée dans aucune tradition particulière. C’est précisément ce qui fait la particularité de la griotte Hallauer Aemli : en discutant avec les gens, on se rend vite compte que beaucoup la connaissent bien : « Nous en avions aussi dans notre jardin » est une réaction fréquente. Les statistiques montrent toutefois que sa production commerciale a considérablement reculé : sur les quelque 140 ares de Hallauer Aemli cultivés en 2000, il n’en restait plus qu’environ 13 en 2025, une baisse drastique liée aux changements structurels dans l’arboriculture.


histoire des Griottes

La cerise acide (Prunus cerasus) n’est pas la « petite sœur » de la cerise douce, mais une espèce à part entière, même si elle lui est étroitement apparentée. Son nom scientifique renvoie à la mer Noire : le mot latin cerasus dérive de l’ancienne ville de Kerasous (aujourd’hui Giresun en Turquie), un important centre commercial de l’Antiquité. Ce terme était répandu dans l’Empire romain et a donné naissance aux noms actuels « cerise », « Kirsche » et « cherry ». Mais quel est donc le lien avec la griotte ?

Pour le savoir, il faut se pencher sur l’histoire culturelle de la cerise douce (Prunus avium) : alors que sa forme sauvage, le merisier, était présente en Europe depuis l’âge du bronze, la forme cultivée a été domestiquée dans la région située entre la mer Noire et la mer Caspienne. De là, elle a probablement été importée en Europe via des centres commerciaux tels que Kerasous, puis diffusée de manière ciblée par les Romains.

EEn Europe de l’Est et sur le plateau iranien, la cerise douce a rencontré la cerise des steppes (Prunus fruticosa) originaire du Caucase. Un croisement naturel a donné naissance à une nouvelle espèce stable : la cerise acide (Prunus cerasus). Elle s’est imposée dans ces régions comme une plante cultivée à part entière et avait des utilisations traditionnelles.

Cette autonomie se reflète également dans la langue. Le nom allemand « Weichsel » vient du slave (cf. polonais wiśnia) et est surtout répandu dans les régions où le contact avec les langues slaves est historique, comme en Allemagne de l’Est ou en Autriche. Dans les régions francophones, on parle de « cerisier aigre », « cerisier acide » ou « griottier ». Le terme « griotte » vint de l’occitan « agriòta », « griòta » (griotte) qui dérive de « agre » (aigre).

La Classification

Les cerises acides sont divisées morphologiquement en différents sous-groupes. Il existe un large consensus sur la subdivision des cerises acides arborescentes en amarelles – cerises claires dont le jus ne colore pratiquement pas, également appelées cerises de verre – et en morelles – cerises plus foncées dont le jus colore. Cependant, il n’y a pas de consensus sur la subdivision supplémentaire. On distingue souvent les cerisiers arborescents et les cerisiers arbustifs : les amarelles et les morelles sont considérées comme des cerises d’arbres. Les griottiers arbustifs comprennent le griottier sauvage (var. frutescens) et le griottier marasque (var. marasca). En outre, on décrit des griottiers hybrides, issus de croisements avec des cerisiers doux ou des cerisiers des steppes. Certains plaident également pour que les griottiers arbustifs soient considérés dans leur ensemble comme des griottiers hybrides, car il est difficile de les différencier.


















Il est toutefois clair que Prunus cerasus est génétiquement une seule espèce – les variétés au sens botanique ne pouvant être distinguées en l’état actuel des connaissances scientifiques. La distinction entre amarelles et morelles, cerises arbustives et cerises sauvages reste donc purement morphologique.

Ce qui caractérise La Hallauer Aemli


Ce n’est pas un hasard si Hallauer Aemli s’est imposée parmi les Aemli. Cette variété se distingue par son rendement régulier et élevé. Ses fruits de petit calibre sont relativement gros pour le groupe Aemli et moins acidulés que d’autres types. Cette cerise acide et plutôt précoce, destinée à la table et à la transformation, constituait un complément multiusages dans le verger.

Les griottiers sont généralement considérés comme peu exigeants Ils poussent même sur des sols pauvres et s’adaptent mieux aux emplacements ombragés que beaucoup d’autres essences fruitières. Le griottier Hallauer Aemli confirme cette réputation et accepte aussi les emplacements exposés au nord ou en altitude.
Grâce à son auto-fertilité, ce petit arbre facile à cultiver peut être planté seul.


Sa petite taille est aujourd’hui un avantage décisif : l’arbre peut être recouvert d’un filet à un coût raisonnable, ce qui le protège contre les attaques de la Drosophile du cerisier.

La drosophile du cerisier, un défi actuel


La Drosophile du cerisier (Drosophila suzukii) est une espèce originaire d’Asie. Contrairement aux drosophiles indigènes, elle s’attaque aussi bien aux fruits sains qu’aux fruits abîmés. La femelle possède un ovipositeur en forme de scie et peut pondre plusieurs centaines d’œufs dans les cerises en cours de maturation.

Conséquence : les fruits ramollissent, commencent à pourrir et dégagent une odeur de vinaigre. Ils sont alors invendables. Dans des conditions favorables, la génération suivante se développe en quelques jours. Comme il s’agit d’une espèce néozoaire (non indigène), elle ne dispose pas de prédateurs naturels spécialisés, ce qui explique l’explosion de sa population.  Cela complique également l’utilisation d’auxiliaires pour réguler la population : son prédateur naturel, la guêpe parasitoïde Ganaspis cf. brasiliensis, n’est pas non plus indigène, ce qui a empêché jusqu’à présent son autorisation. La nouvelle loi sur la protection des végétaux entrée en vigueur cette année pourrait toutefois changer la donne.




















Il est difficile de protéger efficacement les arbres à haute tige et les cultures extensives. En dehors des vergers professionnels, la seule mesure fiable consiste souvent à recouvrir chaque arbre d’un filet. Cela doit être fait après la floraison, mais avant la véraison des fruits. C’est le moment précis où la petite taille du griottier Aemli de Hallau est un avantage. Cette variété continue ainsi d’offrir la possibilité réaliste de réussir la production de cerises, même dans les jardins privés.


La culture

La floraison est plutôt tardive. C’est pourquoi, même en année de gelée tardive, le griottier Hallauer Aemli donne souvent de bons rendements.
Les cerises acides se distinguent des cerises douces par leur comportement en matière de floraison et de fructification. Les griottiers fructifient principalement sur le bois d’un an – sans taille régulière, les arbres sont susceptibles de se dégarnir. Pour les griottiers tels que Hallauer Aemli, la taille dans les jardins privés a lieu à la fin de l’hiver. Une taille de fructification annuelle généreuse est donc cruciale : les pousses de l’année précédente sont coupées de moitié environ ou déviées sur une pousse latérale. Cela permet d’éviter le dégarnissement, de stimuler la formation de pousses latérales et de maintenir la productivité. Une taille estivale après la récolte n’est généralement pas nécessaire.

Une taille annuelle généreuse est donc importante : les pousses de l’année précédente sont coupées de moitié environ ou déviées vers une pousse latérale. Cela permet d’éviter le dépérissement, de stimuler la formation de pousses latérales et de maintenir le rendement. Une taille estivale après la récolte n’est généralement pas nécessaire.
Le griottier Hallauer Aemli se montre globalement résistant aux maladies. Comme tous les griottiers, Hallauer Aemli est sujet à la moniliose quand il fleurit par temps humide, comme parfois à la maladie criblée. Un emplacement aéré ou une plantation contre un mur peuvent réduire le risque de maladie.


La récolte


Les griottes sont des fruits de transformation classiques en production fruitière commerciale. Elles ne sont pas climactériques, ce qui signifie qu’elles cessent de mûrir une fois cueillies. La pleine maturité est donc déterminante pour la qualité et l’arôme. En même temps, les fruits sont sensibles à la pression et ne se transportent et se stockent que de manière très limitée. Même dans des conditions optimales, à des températures proches de 0 °C, ils ne se conservent que quelques jours.

Le pédoncule se détache facilement du fruit, c’est pourquoi les griottes de transformation sont généralement récoltées avec une secoueuse en production professssionnelle. Un principe similaire peut s’appliquer dans les jardins privés : si les fruits sont destinés à la transformation, un filet peut être placé sous l’arbre et les fruits peuvent être secoués. Cela permet de récolter rapidement de grandes quantités, presque par trochets, et de les ramasser facilement. Si les fruits ne sont pas transformés immédiatement, il est nécessaire de les cueillir à la main avec leur pédoncule.


Cuisine et santé

Cuisine et santé

La griotte Hallauer Aemli se déguste aussi comme cerise de table. Si vous trouvez ce fruit acidulé trop acide, la transformation vous permet de découvrir sa polyvalence. Il est idéal pour la confiture, à laquelle l’acidité du fruit confère une agréable fraîcheur. Il semble également courant de le mettre dans de l’alcool, directement dans du kirsch, ou dans du sirop, par exemple. Ces fruits se dégustent en glace, en dessert ou comme ingrédient classique de la tourte forêt-noire. Outre le jus et les fruits secs, la griotte Aemli de Hallau fournit également des eaux-de-vie monovariétales. De tels produits ont déjà été récompensés lors du concours DistiSuisse – le dernier en date est l’eau-de-vie Aemli de la ferme Allenwinden à Kappel am Albis (or 2023/24).





















L’intérêt pour les griottes connaît actuellement un essor international, notamment aux États-Unis où la variété « Montmorency » fait fureur. Cela s’explique par ses composants bénéfiques pour la santé, que l’on trouve aussi dans d’autres variétés. Les griottes se caractérisent en général par une teneur élevée en composés phénoliques et en anthocyanes. Ceux-ci ont un effet antioxydant et peuvent réduire le stress oxydatif dans l’organisme. Des études montrent également des effets anti-inflammatoires et des influences positives sur la tension artérielle et les maladies cardiovasculaires. L’effet sur la régénération musculaire a également été étudié, c’est pourquoi les compléments alimentaires à base de griottes suscitent un intérêt croissant dans les milieux sportifs.

Un autre ingrédient est la mélatonine, qui joue un rôle central dans le rythme veille-sommeil de l’être humain. La consommation régulière de griottes ou de leur jus est donc associée à une meilleure qualité de sommeil et agit favorablement sur les maladies inflammatoires telles que l’arthrite. Il est essentiel de transformer les griottes avec soin pour préserver leurs effets bénéfiques pour la santé.



Préservation d’une tradition

Sous forme de confiture, d’eau-de-vie, de jus ou fraîchement cueillie sur l’arbre, la griotte Hallauer Aemli allie tradition et plaisir. Son acidité prononcée, ses arômes et ses composants sains rendent cette variété aussi intéressante aujourd’hui qu’il y a plusieurs générations, voire plus que jamais.


Sauerkirschen hängen büschelweise an einem Ast in der Sonne. Eine Hand erntet Kirschen.




















En étant élue variété fruitière suisse de l’année 2026 par FRUCTUS, la griotte Hallauer Aemli est non seulement reconnue comme variété historiquement importante, mais aussi mise en avant comme une réponse possible aux défis actuels. La Drosophile du cerisier a profondément bouleversé la production des cerises. Les cerisiers à haute tige ne sont plus guère viables et disparaissent progressivement des jardins privés. Des variétés telles que la Hallauer Aemli montrent que cette tradition cerisière a encore de l’avenir, en particulier dans les jardins privés Pour la production commerciale, la griotte Hallauer Aemli n’offre en revanche guère de perspectives sans transformateurs adéquats. Cependant, ceux qui la plantent font le choix de la diversité variétale, de la production de fruits régionale et d’une gestion consciente de notre diversité variétale traditionnelle.

Tu as toi aussi une anecdote à raconter sur cette variété, tu connais des fermes qui la cultivent ou tu as toi-même de l’expérience dans sa culture ?
FRUCTUS se réjouit de recevoir tes témoignages et anecdotes.
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Text et Recherche: Jana Daepp

traduction: Yvette Allimann

Contact et informations

Pour plus d’informations sur la variété fruitière suisse de l’année, n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse suivante : obstsortedesjahres@fructus.ch

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Événement

Au début de l’été, un événement sera organisé autour la variété fruitière suisse de l’année, avec un accent particulier sur la gastronomie et la transformation.
La date exacte sera publiée prochainement sur ce site web.
Si vous souhaitez recevoir directement une invitation à cet événement, veuillez envoyer un e-mail avec pour objet « Événement » à : obstsortedesjahres@fructus.ch

Photos de presse

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